FRANÇOIS BARRÉ

La lumière trop souvent vient après, comme le don ultime ou le dernier souci. L’histoire de la création du monde nous rappelle opportunément que l’invention de la lumière fut le travail du premier jour. Yann Kersalé est homme de lumière comme d’autres sont hommes de lettres. Cette matière fugace et forte, faite de temps et de mouvement, il la maîtrise et la pense comme la marque de l’esprit. Il ne peut tout reprendre depuis le premier jour et refaire un monde mieux partagé. Mais, plus que tout autre, il nous donne à voir. Ce cadeau constant au regard, il l’offre d’abord au paysage. Il revient à l’origine et à la nature, à la mer et à la ville, aux monuments et aux grands espaces qu’il nous révèle sous un autre jour, peut-être le premier encore, celui qui révèle et nous fait renaître au temps et au monde. Le mouvement des marées, la composition d’un parc central dan§ la ville, la structure d’une construction deviennent des évidences vivantes.». Il est, à l’échelle du territoire, un artiste du siècle, le chef opérateur d’un monde qu’il souligne et recompose. Nous avions connu des mises en lumière qui dévoilent et déchirent les intimités, en instaurant la surveillance généralisée. Yann Kersalé crée par la lumière des espaces plus complexes qui disent l’ambiguïté des choses. Sa lumière construit.

François Barré