PHILIPPE CURVAL

Yann Kersalé parle ici d’un monde qui a aboli la distance, contracté le temps comme s’il pouvait le gagner, encore et toujours plus. Annuler tout délai de transmission, effacer toute sensation de distance. écrit Jérôme Sans dans sa préface sur l’exposition du projet à la galerie Jousse Seguin. Ces parcours de science-fiction, blocs-image, chou sous perfusion média-tique, tournesols encagés dans la ville, me paraissent apporter un soutien aux thèses de ceux qui défendent que le cerveau de l’artiste doit se comporter comme une plaque sensible, un appareil enregistreur, capteur,  » translateur « et révélateur de son cheminement mental, s’accordant par là au souhait de Warhol :  » I want to be a machine. Ils questionnent l’utilisation  » d’immatériaux  » comme médium, le rôle du temps dans les oeuvres éphémères, le principe du lieu pour qui s’attaque à l’illu-sion. Ils préparent à l’approche d’un art virtuel. MacLuhan avait un goût multisensoriel, presque tactile pour l’image de synthèse. Afin de souligner l’influence de ce mode de perception sur ceux qui ne s’aperçoivent pas encore qu’il modifie leur comportement, il racontait volontiers l’histoire du poisson qui ne savait pas qu’il était dans l’eau :  » Retirez-le de l’aqua-rium, concluait-il, et c’est alors qu’il aura compris ce qu’était l’eau. Trop tard, bien entendu.  » MacLuhan avait compris que les bons artistes sont les premiers à sortir de l’aquarium. » Yann Kersalé, qui emprunte au Land Art, aux nouvelles technologies, à la lumière, pour tenter d’échapper aux définitions, invente à lui tout seul un art luministe dont il ne réclame pas la paternité. N’est-il pas sorti lui même de cet aqua-rium pour contempler le poisson rouge qui nage encore à l’intérieur? Confiez-lui des capteurs, il vous en transmettra bientôt les impressions en direct.

Philippe Curval